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La petite histoire du Roy d’Espagne

Depuis plus de trois siècles, Le Roy d’Espagne veille sur la Grand-Place de Bruxelles. Retour sur l’histoire d’un lieu emblématique.

Avant le Roy : une forteresse sur la place

Bien avant que Le Roy d’Espagne n’existe, une imposante demeure de pierre se dressait à cet emplacement. On l’appelait le Serhuyghskintsteen¹, du nom de la famille Serhuyghs, l’un des sept lignages patriciens qui gouvernaient Bruxelles depuis le Moyen Âge.

Érigée à partir du XIIe siècle, cette maison fortifiée était un steen typiquement bruxellois : créneaux, tourelles, murs épais percés d’étroites fenêtres à barreaux de fer, le tout adossé à l’ancienne muraille de la ville. Elle dominera la place pendant près de cinq siècles, jusqu’à ce qu’une nuit d’août 1695 change tout.

1695 : Bruxelles sous les bombes

En pleine guerre de la Ligue d’Augsbourg², le maréchal de Villeroy reçoit de Louis XIV un ordre brutal : bombarder Bruxelles pour détourner les forces alliées du siège de Namur. Le 13 août 1695, les batteries françaises ouvrent le feu depuis les hauteurs de Molenbeek et d’Anderlecht, visant la flèche de l’Hôtel de Ville.

Pendant 48 heures, bombes incendiaires et boulets rouges s’abattent sur la ville. Près de 4 000 bâtiments sont détruits, un tiers de Bruxelles, réduit en cendres. La Grand-Place est dévastée. Des maisons de corporations, des églises, des rues entières disparaissent. Ironie du sort : la tour de l’Hôtel de Ville, pourtant cible principale des tirs, est l’un des rares édifices encore debout. La résidence des Serhuyghs, elle, n’a pas survécu.

Mais les Bruxellois ne resteront pas longtemps à genoux. En cinq ans à peine, la ville renaît de ses cendres avec une rapidité qui impressionnera toute l’Europe. La Grand-Place que nous connaissons aujourd’hui, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est née de cette reconstruction fiévreuse, portée par les corporations de métiers. Le phénix doré qui trône encore aujourd’hui au sommet de la Maison de la Louve, voisine du Roy d’Espagne, en est le symbole : « Brûlée, je ressuscitai plus glorieuse », peut-on lire sous la statue.

1697 : les boulangers bâtissent leur maison

C’est dans cet élan que naît Le Roy d’Espagne. En 1697, la corporation des boulangers, l’une des plus riches et des plus influentes de Bruxelles, fait ériger une nouvelle maison de guilde à l’emplacement de l’ancien Serhuyghskintsteen. L’architecte est probablement Jean Cosyn³, à qui l’on doit également d’autres façades de la place.

Le bâtiment impressionne par ses dimensions : sept travées de façade en pierre de taille, ce qui en fait l’une des plus larges de la Grand-Place. Il est couronné non pas d’un pignon comme ses voisines, mais d’une balustrade en attique⁴ surmontée d’une tour-lanterne octogonale. Au sommet, une statue de la Renommée sonnant de la trompette, œuvre du sculpteur Paul Dubois. Deux chronogrammes⁵ latins, composés par le poète bruxellois Petrus Vander Borcht, sont gravés sur la façade et confirment la date de construction.

C’est la seule maison de la Grand-Place à arborer cette silhouette si particulière, ce qui la rend immédiatement reconnaissable.

Une façade qui se lit comme un livre

Chaque élément sculpté sur la façade du Roy d’Espagne raconte quelque chose.

Au-dessus de la porte d’entrée, le buste en bronze doré de saint Aubert⁶, évêque de Cambrai et patron des boulangers, veille sur la maison. C’est lui qui rappelle le plus explicitement la vocation première du lieu. Au deuxième étage, une sculpture bien plus imposante représente le triomphe de Charles II, alors roi d’Espagne et souverain des Pays-Bas méridionaux⁷. C’est ce buste royal, accompagné de l’inscription flamande « Den Coninck van Spaignien », qui donnera son nom au bâtiment.

Plus haut encore, sur la balustrade, six statues allégoriques personnifient les éléments indispensables à la fabrication du pain : la Force (Hercule appuyé sur sa massue), le Blé (Cérès portant une gerbe d’épis et une faucille), le Vent (une femme tenant un moulin), le Feu (Mercure, inventeur du feu), l’Eau (Neptune avec son trident) et la Prévoyance (Minerve tenant une corne d’abondance et un sablier).

Au premier étage, quatre médaillons représentent des empereurs romains ayant tous un lien avec la péninsule ibérique : Marc Aurèle, Dèce, Nerva et Trajan. Un clin d’œil supplémentaire au nom espagnol de la maison.

Du siège de guilde à la brasserie

Avec la fin de l’Ancien Régime et la suppression des corporations, la maison perd sa raison d’être originelle. Le XIXe siècle ne lui sera pas tendre : le décor sculpté s’abîme, la tour-lanterne disparaît, et un étage supplémentaire est même inséré à l’intérieur du bâtiment.

Il faudra attendre 1901 pour qu’une restauration d’envergure soit entreprise. L’architecte Adolphe Samyn⁸, qui a déjà travaillé sur plusieurs maisons de la Grand-Place, reconstruit l’édifice dans un style néo-baroque fidèle à l’esprit d’origine. Il rétablit le décor sculpté, la tour-lanterne et le dôme d’origine. Les statues de la balustrade sont refaites par trois sculpteurs : Isidore De Rudder, Jacques De Haen et Victor Rousseau.

Le rez-de-chaussée, lui, prend progressivement une vocation de café. Après avoir abrité divers commerces, dont une quincaillerie, dont la galerie du premier étage subsiste encore, l’établissement retrouve définitivement son identité de brasserie en 1952.

Le Roy d’Espagne aujourd’hui

Classée monument historique depuis 1977, puis dans sa totalité en 2002, la Maison du Roy d’Espagne est aujourd’hui l’une des brasseries les plus emblématiques de Bruxelles.

Dirigé par Jean-Philippe Bosman, l’établissement perpétue l’esprit d’une brasserie authentiquement bruxelloise, où l’on vient autant pour les bières et la cuisine que pour le cadre : boiseries anciennes, décor d’un autre temps, et cette vue imprenable sur la Grand-Place qui n’a pas changé depuis trois siècles. Un lieu qui, comme la ville qui l’abrite, a su renaître et se réinventer sans jamais oublier d’où il vient.

Notes

  1. Serhuyghskintsteen : Littéralement « la pierre des enfants Serhuyghs ». Nom donné à la maison fortifiée (steen) de la famille lignagère des Serhuyghs, qui occupait cet emplacement avant le bombardement de 1695.
  2. Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688–1697) : Conflit européen opposant la France de Louis XIV à une large coalition menée par Guillaume III d’Orange, regroupant notamment l’Angleterre, l’Espagne et le Saint-Empire.
  3. Jean Cosyn : Architecte et sculpteur bruxellois actif lors de la reconstruction de la Grand-Place après 1695. L’archiviste Guillaume Des Marez lui attribue la conception de plusieurs façades de la place.
  4. Attique : En architecture, petit étage supplémentaire situé au-dessus de la corniche principale d’un bâtiment, souvent orné d’une balustrade.
  5. Chronogramme : Inscription dont certaines lettres, lues comme des chiffres romains, révèlent une date. Les deux chronogrammes du Roy d’Espagne indiquent tous deux l’année 1697.
  6. Saint Aubert : Évêque de Cambrai au VIIe siècle, considéré comme le patron des boulangers. Son buste en bronze doré, signé par le sculpteur Jules Lagae, orne l’entrée du bâtiment.
  7. Pays-Bas méridionaux : Nom donné aux territoires correspondant approximativement à la Belgique actuelle, alors sous souveraineté espagnole. Charles II d’Espagne en était le souverain au moment de la construction du Roy d’Espagne.
  8. Adolphe Samyn : Architecte bruxellois ayant reconstruit ou restauré plusieurs maisons de la Grand-Place entre 1897 et 1902.

Avertissement : Les images anciennes de cette page témoignent de la riche histoire de la Grand-Place et du Roy d’Espagne. Nous avons tenté d’utiliser uniquement des documents libres de droits. Si toutefois l’une de ces images vous appartient, contactez-nous à sales@roydespagne.be ; nous nous ferons un plaisir de vous créditer ou de la retirer.

Sources

  • Le Patrimoine monumental de la Belgique, Bruxelles, Volume 1B, Pentagone E-M, Pierre Mardaga éditeur, 1993
  • Pol Meirsschaut, Les sculptures de plein air à Bruxelles : Guide explicatif, éditions Émile Bruylant, 1900
  • Alexandre Henne et Alphonse Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, Tome troisième, 1845
  • Éric Hennaut, Maurice Culot et al., Le Bombardement de Bruxelles par Louis XIV et la reconstruction qui s’ensuivit : 1695-1700, Archives d’Architecture Moderne, 1992
  • Registre du patrimoine protégé, Région de Bruxelles-Capitale : patrimoine.brussels
  • Encyclopédie du patrimoine culturel européen : ehne.fr
  • Collections du Musée de la Ville de Bruxelles : collections.heritage.brussels
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