Quand on pense bière à Bruxelles, on imagine tout de suite une trappiste dans un verre à pied ou une blonde bien fraîche en terrasse. Pourtant, les bières typiquement bruxelloises sont ailleurs, et elles ne ressemblent à rien de ce que vous avez déjà goûté. Elles sont vives, rafraîchissantes, un peu troubles, et elles surprennent presque toujours dès la première gorgée. Ce sont aussi celles que les Bruxellois buvaient presque exclusivement jusqu’au milieu du XIXe siècle, bien avant que la blonde ne s’installe dans les cafés.
Avant de pousser la porte d’une brasserie de la ville, mieux vaut savoir ce que l’on vous sert, et ce qui rend ces bières si particulières. Au programme de cet article : les trois classiques à connaître, un repère pour choisir selon vos goûts, les brasseurs qui les réinventent aujourd’hui, et la bière de la maison. Rassurez-vous, aucune connaissance technique n’est demandée.
Le lambic, le pilier de la tradition bruxelloise
Tout part du lambic. Cette bière est brassée sans ajout de levure (le petit organisme qui transforme le sucre en alcool). La fermentation se fait toute seule, grâce aux levures sauvages présentes dans l’air, ce qui explique son goût si particulier.
Le lambic vient de la vallée de la Senne, au sud de Bruxelles, et du Pajottenland, à l’ouest de la ville. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, c’était presque la seule bière brassée dans la capitale, par plus d’une centaine de petites brasseries. Les Bruxellois buvaient surtout du lambic et du faro, jusqu’à l’arrivée de la pils, avec sa belle mousse. Servi seul, le lambic est trouble, presque sans bulles et très acide, et on le trouve surtout dans quelques cafés. C’est la bière de base, celle qui sert à fabriquer la gueuze, la kriek et le faro.
Un point de précision, tout de même. Aujourd’hui, une partie du lambic se brasse hors de la Région bruxelloise, dans la campagne voisine. Quand nous parlons de bière bruxelloise, nous parlons donc d’une tradition de Bruxelles et de sa région, pas toujours d’une bière brassée entre les murs de la ville. Pour le reste de l’histoire, nous avons consacré un article à l’histoire de la bière en Belgique.
Gueuze, kriek et faro, les trois classiques à connaître
Dans les cafés bruxellois, le lambic se transforme, se mélange ou se parfume. C’est de là que viennent les trois grands noms à retenir.
La gueuze
La gueuze n’est pas brassée à proprement parler, elle est assemblée. Le mélangeur (celui qui goûte les fûts et dose le tout) associe du lambic jeune, d’un an maximum, avec du lambic plus vieux, de deux à trois ans, un peu comme on assemble des vins. Le mélange refermente ensuite en bouteille, ce qui donne des bulles fines. Elle est née à Bruxelles à la fin du XIXe siècle, face à la pils qui prenait de la place.
Le résultat est sec, acide, avec une légère amertume, et il surprend. Chez nous, c’est l’Oude Gueuze Boon, à 7°. Elle sort de la brasserie Boon, à Lembeek, au sud de Bruxelles dans le Brabant flamand, le village dont le lambic tirerait son nom selon la brasserie elle-même. L’appellation « Oude Geuze » (l’orthographe flamande du label) est protégée en Europe par le label Spécialité traditionnelle garantie.
La kriek
La kriek, c’est un lambic dans lequel on laisse macérer des cerises acides. Elle est d’un rouge profond et fruitée, mais une kriek à l’ancienne reste acidulée. Beaucoup de krieks vendues aujourd’hui sont, elles, bien plus sucrées et bien plus douces.
La Belle-Vue Extra Kriek de notre carte (4,1°) est de celles-là. La marque est née à Molenbeek en 1913, et elle est aujourd’hui brassée à Leeuw-Saint-Pierre, dans le Brabant flamand. Sa douceur plaît à ceux qui fuient l’acidité.
Le faro
Le faro est un lambic adouci avec du sucre candi brun, qui lui donne un goût un peu caramélisé. À l’origine, c’était la bière de tous les jours des Bruxellois, bien plus facile à boire qu’une gueuze. Il est devenu plus rare avec le temps. Vous ne le trouverez pas à notre carte, mais vous pouvez le goûter tout près d’ici, au café À La Mort Subite, rue Montagne aux Herbes Potagères, qui en sert à la pression.
Quelle bière bruxelloise choisir selon vos goûts ?
Devant une carte, le plus dur reste de choisir. Voici un repère simple, selon ce que vous aimez d’habitude.
- Vous aimez le sec et l’acide : prenez une gueuze. Elle fait penser à un cidre nature ou à un vin blanc sec plus qu’à une bière classique.
- Vous préférez le fruité : prenez une kriek. Les cerises apportent du fruit et une jolie couleur rouge, mais une kriek à l’ancienne garde son acidité.
- Vous voulez du doux et du facile : tournez-vous vers le faro, ou vers une kriek sucrée comme la Belle-Vue Extra Kriek.
- Vous n’aimez pas l’acidité : laissez le lambic de côté pour cette fois et prenez la Roy d’Espagne, notre blonde facile à boire. Et si la curiosité vous titille, tentez ensuite l’Oude Gueuze Boon, à l’acidité plutôt douce.
La scène bruxelloise d’aujourd’hui, de Cantillon au Brussels Beer Project
Cantillon est le monument de la ville. Cette brasserie familiale, fondée en 1900 à Anderlecht, continue de brasser à l’ancienne et abrite le Musée Bruxellois de la Gueuze. Longtemps, elle a été la seule brasserie de lambic encore en activité à Bruxelles. Elle se trouve à environ 1,5 km de la Grand-Place, et la visite se termine par une dégustation.
Le renouveau est venu plus tard, avec la bière dite craft (artisanale, souvent houblonnée et inventive). Une dizaine de jeunes brasseries revisitent aujourd’hui les classiques, et la Brasserie de la Senne, installée près de Tour & Taxis, en est la pionnière. Elle a remis l’amertume au goût du jour avec des bières comme la Zinnebir ou la Taras Boulba, houblonnées et à l’amertume fraîche, bien plus faciles d’accès qu’un lambic quand on n’aime pas l’acidité. Toute sa gamme permanente est désormais bio.
Le Brussels Beer Project a suivi en 2013, rue Dansaert, avec des bières plus audacieuses comme la Delta IPA ou la Babylone, brassée avec du pain. Depuis 2021, la maison travaille aussi sur des lambics brassés sur place. Preuve que Bruxelles continue d’inventer ses bières.
La Roy d’Espagne, la bière de la maison
Chez nous, une bière porte notre nom. Notre propriétaire, Jean-Philippe Bosman, a repris la maison en 2015 avec une idée en tête, celle de créer sa propre bière. Il a rencontré Alexandre Dumont, de la brasserie de Jandrain-Jandrenouille, et l’aventure a commencé.
La Roy d’Espagne puise son inspiration dans notre maison, et son étiquette noire met en scène deux personnages sculptés dans le bois, hallebarde à la main, que l’on retrouve au pied de l’escalier de notre salle et dans notre logo. Précision importante : notre bière n’est pas brassée à Bruxelles mais dans le Brabant wallon, même si elle est née sur la Grand-Place.
C’est une blonde bio et sans gluten grâce au sarrasin, titrée à 6,5°, facile à boire et très rafraîchissante. Cliquez sur le lien si vous souhaitez en savoir plus sur la bière La Roy d’Espagne ou sur nos autres bières.
Où goûter ces bières près de la Grand-Place ?
Nous servons deux représentantes de la famille du lambic, l’Oude Gueuze Boon et la Belle-Vue Extra Kriek. Vous les retrouverez sur notre carte, dans une maison où plusieurs salles donnent sur la Grand-Place.
Pour aller plus loin, la brasserie Cantillon vaut le déplacement, et plusieurs boutiques de la ville proposent des bières bruxelloises à emporter. Et si vous voulez réserver une table ou organiser un événement chez nous, n’hésitez pas à nous contacter.
Conclusion
Les bières typiquement bruxelloises se résument à quelques noms, lambic, gueuze, kriek et faro. Elles sont nées dans la vallée de la Senne, mais la pils, avec sa belle mousse, a conquis les cafés, et les brasseries de lambic ont fermé les unes après les autres, jusqu’à ne laisser longtemps que Cantillon à Bruxelles. Aujourd’hui, une nouvelle génération de brasseurs les remet au goût du jour, et les gueuzes non resucrées, longtemps délaissées, reviennent sur les cartes. Elles ne plaisent pas à tout le monde, et c’est justement ce qui les rend intéressantes.
Si vous passez sur la Grand-Place, goûtez une gueuze ou une kriek chez nous, avec la place pour décor. Et si l’acidité vous fait grimacer, il reste la Roy d’Espagne, bien plus sage.
FAQ
- Pourquoi la gueuze est-elle surnommée le « champagne de Bruxelles » ?
- On la compare au champagne pour ses bulles fines, son goût peu sucré et l’art de l’assemblage qui la fait naître. C’est aussi une bière de garde, qui se conserve longtemps en bouteille, un peu comme un bon vin.
- Une gueuze coûte-t-elle plus cher qu’une bière classique ?
- Souvent oui, car elle demande plusieurs années de maturation et un assemblage de lambics d’âges différents, ce qui coûte du temps et du travail. Le prix exact dépend du producteur, du format et de l’endroit, et vous trouverez nos tarifs du moment sur notre carte.
- Peut-on visiter une brasserie de lambic à Bruxelles ?
- Oui, à Anderlecht. La brasserie Cantillon se visite et abrite le Musée Bruxellois de la Gueuze, avec une dégustation à la fin. Vérifiez les horaires et les jours de fermeture sur son site avant de vous déplacer.
- Où acheter des bières bruxelloises à emporter ?
- La ville compte plusieurs caves spécialisées. Beer Mania, à Ixelles, propose plus de 400 bières bruxelloises et belges artisanales. Le Biertempel, en plein centre et à quelques pas de la Grand-Place, est connu pour ses bières spéciales.
















